La régulation de l’humeur et ses effets sur notre emploi du temps

On oppose souvent les personnes tenant un agenda strict, ayant tendance à planifier par avance, à ceux qui sont incapables de faire une tâche sans l’avoir au préalable reportée maintes fois et qui se retrouvent au pied du mur avant de l’accomplir enfin. Et si cette différence, que l’on considère comme un trait de caractère, était seulement liée à notre humeur ?

La recherche du bonheur à long terme est forcément synonyme de résistance à des gains de bien-être immédiat, et la gestion de l’humeur influence ce procédé. En effet, le chercheur Taquet et ses collègues ont mené une large étude et ont mesuré le « degré de bonheur » associé aux moments de la journée et aux tâches s’y référant. Les résultats ont montré que certaines activités étaient sans lien avec l’humeur ressentie (comme dormir ou se rendre au travail) mais plus surprenant, que d’autres activités étaient directement liées à l’état d’esprit des personnes. Par exemple, si notre humeur rapportée en fin de journée est plus basse que celle de la matinée, nous avons tendance à aller faire du sport, faire une promenade ou discuter avec nos amis pour l’améliorer. A contrario, si nous sommes de meilleure humeur en fin d’après-midi, nous décidons plus facilement de nous adonner à des activités nécessaires, mais rébarbatives comme faire des courses ou le ménage. Cette étude nous montre que nous avons tendance à choisir nos activités quotidiennes en fonction de notre humeur, soit pour en maximiser les effets positifs, soit pour minimiser les effets négatifs.

Et la procrastination alors ? Celle-ci serait un échec de la régulation de l’humeur, dans le sens où le procrastinateur favoriserait le gain de bien-être immédiat intentionnellement en retardant l’accomplissement d’une tâche dont il sait que les conséquences négatives ne feront que s’amplifier (laisser de la vaisselle sale dans l’évier qui deviendra de plus en plus difficile à laver…). Il nous est tous arrivé de retarder des tâches, et parfois à raison (objectivement, il est vrai que l’énergie et la motivation seront peut-être meilleures demain) mais cette déconnexion avec les conséquences négatives futures expose les procrastinateurs chroniques à un plus grand stress et à une moins bonne santé. Une étude a d’ailleurs montré qu’une partie de ce stress serait due aux reproches que les procrastinateurs se font eux-mêmes à propos de leurs propres comportements. D’autres recherches ont montré que ces personnes auraient une faible capacité de pleine conscience : c’est-à-dire qu’ils font preuve de peu de conscience de leurs émotions et de leurs pensées (même négatives) sans que ces dernières ne les empêchent d’agir selon leurs buts et leurs intérêts.

Ces études nous montrent comment est motivé le comportement humain : quelles sont nos aspirations et comment nous cherchons à optimiser notre bien-être. Ce qui est encore mieux, c’est que la conscience de nos émotions et de notre humeur peut nous y aider. Alors, on attend quoi pour s’écouter ?

 


Sirois, F. M. (2014). Procrastination and Stress: Exploring the Role of Self-compassion. Self and Identity, 13(2), 128-145

Sirois, F., & Pychyl, T. (2013). Procrastination and the Priority of Short-Term Mood Regulation: Consequences for Future Self. Social and Personality Psychology Compass, 7(2), 115- 127.

Taquet, M., Jordi Quoidbach J., de Montjoye, Y.-A., Desseilles, M. and Gross, J. (2016) Hedonism and the choice of everyday activities. PNAS, 35, 9769-9773