Les émotions : vraiment universelles ?

En 1972, Paul Ekman considérait certaines émotions comme universelles (la joie, la colère, la peur, le dégoût, la surprise et la tristesse). Même si ses recherches montrent bien que les expressions faciales de ces émotions sont reconnaissables quelle que soit notre origine culturelle, l’expérience et la façon de les nommer diffèrent du tout au tout selon les pays ! Passons en revue quelques exemples :

– En France, nous utilisons environ un millier de termes pour faire référence aux émotions. Par exemple, pour parler de peur nous pouvons aussi employer les mots “horreur, épouvante, effrayant…”. Mais dans d’autres cultures, il ne suffit que d’un seul mot pour désigner la peur sous toutes ses formes !
– A l’inverse, nous n’utilisons qu’un seul mot pour catégoriser tout ce qui se rapporte au dégoût, qu’il soit physique ou moral. Pourtant, il y a quand même bien une différence entre ce que nous évoque un plat moisi laissé trop longtemps dans le réfrigérateur et la conduite d’une personne que nous pourrons aussi qualifier d’immorale !
– Selon les langues nous nous retrouvons face à des soucis d’équivalence : en anglais, “gloating” désigne une joie exacerbée que nous ressentons et qui fait aussi référence à une fierté liée à notre groupe d’appartenance. Typiquement, nous pouvons utiliser ce mot si notre équipe nationale remporte la coupe d’un tournoi international. Néanmoins, il n’existe aucun équivalent en français qui dénote de cette joie décuplée et de ce sentiment de fierté liée à un succès de notre groupe.
– Chez les inuits, il n’existe aucun mot faisant référence à la colère dans leur langage. Est-ce que cela veut dire qu’ils ne la ressentent pas, ou alors qu’une expression de cette émotion mal maîtrisée menacerait de trop la survie de la communauté ?
– Dans certains dialectes dans le Pacifique, il y a une distinction entre la peur que l’on ressent lorsqu’on est surpris, et de la peur du futur (de l’incertitude de l’avenir). Or, les chercheurs considéraient la peur comme la plus primitive et la plus universelle des émotions, étant un système de réaction au danger.
– Au Japon, il n’y a pas de terme pour désigner une “émotion”. Dans leur langage, ils ont “jodo” qui correspond à la joie, à la colère mais qui renvoie aussi à la chance.
– Enfin, même dans le ressenti physique des émotions il existe des différences culturelles. En Equateur, quand nous avons mal à la tête et le cœur qui bat nous sommes… honteux ! De même, d’autres cultures sentent leur foie rétrécir quand ils ressentent de la honte.

Les émotions nous cache donc encore des surprises ! Néanmoins, c’est en connaissant toutes ces différences de ressentis et de dénomination que nous pouvons échanger sereinement les uns avec les autres.