Quand la psychologie explique la politique

Depuis des mois, les élections présidentielles prennent de plus en plus de place dans les médias et dans nos conversations. Pour qui voter ? Pourquoi aller voter d’ailleurs, alors qu’on ne se reconnaît dans aucun des programmes avancés ? Penchons-nous sur quelques études en psychologie sociale et politique pour comprendre comment nous nous comportons à l’approche des élections !

Sommes-nous des électeurs éclairés et motivés à faire un choix purement pragmatique ?

Pas tout à fait… En réalité, nous sommes influencés beaucoup plus par la forme que par le fond. Lors d’un débat télévisé, par exemple, beaucoup de citoyens ont l’impression d’assister à un règlement de compte, dont le seul objectif est de déstabiliser l’autre et d’attirer l’attention sur la moindre faille. Les téléspectateurs se retrouvent au milieu d’une bataille d’égo, sans pouvoir analyser rationnellement les points positifs et négatifs de chacune des propositions avancées. Le psychologue américain Drew Wensten a d’ailleurs réalisé une étude auprès de 30 électeurs américains. Ceux-ci avaient accepté de regarder un débat Bush-Kerry durant la campagne électorale pendant que leur cerveau était scanné par un IRM. Les résultats ont mis en avant que les centres cérébraux impliqués dans le raisonnement étaient beaucoup moins sollicités que les centres émotionnels. Ainsi, on ne prête guère attention aux propositions concrètes des candidats mais plutôt à leur attitude et à ce qu’ils peuvent nous renvoyer de sympathique, ou non !

Voter ou s’abstenir, ça a vraiment des conséquences ?

Plutôt oui ! Concernant l’issue du scrutin, difficile de nier le poids d’un seul vote : celui-ci ne fera pas pencher la balance. Ainsi, au niveau individuel s’abstenir d’aller voter peut souligner une réelle volonté d’exprimer son mécontentement, ou peut être simplement le signe d’un désintérêt pour la politique. Mais ne pas aller voter diminue notre intérêt pour nos droits civils, pour les affaires étrangères, ou pour la méthode de gouvernance de notre pays. Malheureusement, cela ne fait que s’aggraver dès lors que l’on se tient à l’écart des urnes… D’un autre côté, voter nous permet de manifester notre identité, forge nos préférences et nos convictions, et rehausse une partie de l’estime que l’on se porte. En 2008, des psychologues des universités de Stanford et de Harvard ont proposé à des votants potentiels à l’élection présidentielle américaine de remplir un questionnaire. Celui-ci présentait le vote comme une question d’identité (« Pour vous, quelle importance a le fait d’être électeur ? ») ou simplement comme une action (« Pour vous, quelle importance a le fait de voter ? »). Dans les deux cas, les participants ont rempli le questionnaire peu de temps avant d’aller voter ou non. Les résultats ont montré une hausse du taux de participation de presque 11% lorsque les électeurs considéraient le vote comme une question d’identité. Ainsi, voter se ramène à se considérer comme un citoyen actif ce qui valorise la vision que l’on a de soi. En revanche, si le vote est juste une action, alors n’importe qui peut l’entreprendre.

Dans une démocratie idéale, chaque électeur se prononce en faveur du programme qui tendrait le plus vers l’intérêt général, mettant de côté son individualité propre au profit de tous. Mais chacun de ces aspects se retrouve biaisé par notre volonté de nous conformer à notre groupe, de préserver notre estime de soi et nos valeurs propres, ou de considérer tel ou tel candidat correspondant à nos propres idéaux !